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Nous allons faire des législatives un enjeu national

vendredi 28 avril 2017

Selon Politis N°1451 du 27 avril au 3 mai 2017, le très bon score de Jean-Luc Mélenchon (19,6%) et l’effondrement du PS ouvrent la voie à un bouleversement des rapports de force. À condition de transformer l’essai aux législatives.

Extrait de l’article de Michel Soudais p.4
Si dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens réunis au Belushi’s, un bar-discothèque près de la gare du Nord, n’ont pas caché leur déception de ne pouvoir figurer au second tour, son résultat -7 060 000 voix, 19,58 % -n’en est pas moins « exceptionnel », estime Roger Martelli. L’historien rap­pelle que jamais, depuis 1969 et la candidature du communiste Jacques Duclos (21,27 %), la gauche de rupture n’avait atteint un tel score. A l’issue d’une campagne innovante menée en dehors du cadre partisan traditionnel, Jean­ Luc Mélenchon engrange trois millions de voix supplémentaires par rapport à 2012 et 8 points de plus. Il fait à lui seul plus de voix que toute la gauche de gauche depuis 1981.

Il sort en tête dans plusieurs départements (Dordogne, Guyane, Martinique, La Réunion) et fait un tabac en Seine-Saint-Denis (34 %), à 10 points devant Macron, en arrivant en tête dans trente des quarante communes de ce département très populaire ; et pas seule­ ment dans les villes de gauche (Montreuil, La Courneuve, Aubervilliers, Saint-Denis ... ) puisque c’est le cas aussi à Drancy, fief de Jean-Christophe Lagarde (UDI), soutien de François Fillon, à Bobigny, Saint-Ouen, Aul­ nay-sous-Bois, Blanc-Mesnil, Rosny-sous­ Bois, Montfermeil. Avec 34,69 %, il est en tête à Évry (Essonne), le fief de Manuel Valls, qui avait appelé à voter Macron, lequel n’y obtient que 26,93 %. li devance tous les autres candidats à Marseille (24,82 %), Toulouse (29,16 %), Montpellier (31,46 %), Lille (29,92 %),LeHavre(29,81 %),Saint-Étienne (24,92 %) et Grenoble (28,88 %), où il était soutenu par le maire (EELV), Éric Piolle.

Ce résultat marque, avec l’effondrement du candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon (6,36 %), qui était également soutenu par le PRG, l’UDE et le MRC, « un bouleversement historique », note Roger Martelli. Une gauche de transformation sociale et écologique, qui place le désir d’égalité au cœur de son projet, est désormais susceptible de donner le ton dans la gauche, dominée depuis près de quatre décen­ nies par une gauche d’accommodement et d’adaptation au libéralisme.
Une gauche qui a retrouvé ses couleurs, et séduit selon les premières analyses des instituts de sondage un électorat jeune (entre 25 et 30 % des 18-34 ans) et populaire (23 % des ouvriers), des secteurs dans lesquels il a contribué à contenir la poussée de Marine Le Pen. Ces bons résultats, qui placent Jean­ Luc Mélenchon en pivot d’une recomposition de la gauche, pourraient trouver leur traduction dès les législatives : le candidat de la France insoumise est arrivé en tête dans 67 circonscriptions, second dans 167 autres.
Danielle Simonnet, porte-parole, Luc Mélenchon, espère que cela permettra, « l’élection de députés insoumis et insoumises les plus nombreux possibles ». En début de semaine, la France insoumise rejetait toujours les « arrangements de coin de table différentes composantes politiques ». On sera rassembleur mais dans notre couloir » prévenait l’entourage proche du candidat juste avant le premier tour. Les discussions pour les investitures entre le PCF et la France insoumise étaient alors rompues, laissant s’affronter localement les candidatures concurrentes de forces politiques qui ont pourtant soutenu le même candidat à la présidentielle.

Un accord PCF-France Insoumise permettrait de faire élire 212 députés.
« Les conditions d’élection d’un très grand nombre de députés sont réunies si chacune des forces qui a porté sa candidature s’en donne les moyens », estime le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles. Sans quoi, a-t-il prévenu, « nous passerions à côté d’une situation historique inédite », d’une recomposition de la gauche sur la ligne antilibérale. Selon la place du Colonel-Fabien, un accord permettrait de faire élire 212 députés. « Il faut traduire en termes législatifs l’avancée extraordinaire enregistrée à la présidentielle et créer une dynamique dans la continuité de la campagne de Jean-Luc Mélenchon », plaide Roger Martelli. Ce que ne permettrait pas le maintien de candidatures concurrentes dans une élection où la règle nécessitant 12,5 % des inscrits pour se maintenir au second tour peut jouer en faveur des partis ayant des candidats bien installés.
L’enjeu n’est pas mince car, quel que soit le vainqueur du duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le 7 mai, le futur Président n’est pas assuré de disposer d’une majorité parlementaire. Un constat partagé par les principaux battus de dimanche, qui espèrent à cette occasion pouvoir se refaire.